Red Dead Redemption

by admin

Puisque la concurrence est incapable de faire trembler les frangins Houser et la série Grand Theft Auto, Rockstar Games a décidé de se mettre en danger avec Red Dead Redemption, le successeur désigné de Read Dead Revolver sorti en 2004 sur Xbox et PS2. Considéré comme l’un des titres majeurs à ne pas manquer cette année, le jeu développé par Rockstar San Diego s’est imposé comme grand défi de faire oublier la racaille et les buildings modernes de Liberty City, en emmenant le joueur visiter les Rocheuses de l’Ouest américain. Si Red Dead Redemption profite naturellement de tout le travail qui a été réalisé pour GTA IV, marque-t-il autant les esprits que les aventures de Niko Bellic ? Oui, indéniablement.
John Marston, c’est une gueule, une carrure, un caractère en acier trempé. John Marston, c’est aussi le héros de Red Dead Redemption, un ancien hors-la-loi qui a décidé de se ranger afin de profiter de sa famille, de sa ferme et de son bétail. Mais avant de raccrocher définitivement son fusil à pompe, il va se lancer dans une vendetta contre ses ex-partenaires qui l’ont laissé pour mort lors d’un casse ayant mal tourné. Bill Williamson, Javier Escuella, Dutch Van der Linde, trois individus qui vont hanter tour à tour l’esprit de Marston dans une quête principale longue d’une vingtaine d’heures. Le scénario de Red Dead Redemption met une sacrée claque, une histoire digne du peu de western que l’on a vus passer dans notre vie. Avec Dan Houser à la plume, et qui sait visiblement de quoi il parle, il fallait de toute façon s’attendre à du lourd. On ne décolle pas du début à la fin, on suit les événements sans la moindre lassitude, sauf peut-être durant les deux dernières heures de jeu où les objectifs à accomplir sont d’un ennui mortel. Mais l’ultime droite décochée par les développeurs de Rockstar San Diego lors du final finit par mettre tout le monde d’accord, et fait oublier l’espace de quelques minutes tout ce que l’on a vécu avec GTA ; qui l’eût cru ? Pour ne rien vous cacher, il y a déjà un uppercut qui envoie dans les cordes une trentaine de minutes plus tôt, mais on ne vous en dira pas plus, bien entendu. Toujours est-il que le périple de John Marston débute à la gare de Blackwater, une ville qui additionne les nouvelles technologies du début du XXème siècle. Le voyage qui l’emmène jusqu’à la bourgade d’Armandillo est surtout l’occasion de planter le décor et de dépeindre une Amérique où la fracture entre les paysans et les habitants de la ville semble profonde. Mais les antagonismes ne s’arrêtent pas là, puisque la guerre civile mexicaine de 1910 occupe également une place importante dans Red Dead Redemption et permet de réviser son espagnol sans aller à l’école. Et puis, une aventure aussi riche est naturellement l’occasion de croiser une foultitude de personnages qui donneront un coup de main à Marston ou, au contraire, tenteront de lui planter un couteau dans le dos comme c’est souvent le cas dans le Far West. Bref, Read Dead Redemption assure le spectacle, et pas uniquement sur le script.
Lucky Marston
Car le jeu est un cadeau du ciel pour les yeux, une merveille à laquelle on ne s’attendait pas vraiment, même si les screenshots distillés au compte-gouttes par Rockstar Games laissaient présager une tuerie visuelle. A l’heure où la majorité des productions adoptent l’Unreal Engine 3, Rockstar San Diego s’est une nouvelle fois appuyé sur son moteur graphique RAGE pour donner vie à une carte quatre fois plus grande que celle de Grand Theft Auto : San Andreas ; et sans le moindre temps de chargement tant qu’à faire. La gueule cassée de John Marston ferait presque passer Niko Bellic pour un ange, et la cicatrice qui recouvre son visage témoigne des luttes menées dans sa vie antérieure. D’aucuns remarqueront une certaine rigidité des expressions faciales des personnages et leurs cheveux qui ressemblent à de la paille, mais est-ce bien là l’essentiel dans un jeu où la liberté d’action flirte avec l’infini ? Autant GTA IV devenait presque étouffant avec son milliard d’habitations et ses tonnes de béton, autant Red Dead Redemption et sa flore qui s’étend à perte de vue offrent une véritable bouffée d’oxygène au genre. Les artistes du studio américain ont effectué un travail titanesque sur les environnements qui atteignent un niveau de détails impressionnant. Il faudrait une vie entière pour décrire chaque recoin de la map, mais on va se contenter de préciser que Red Dead Redemption joue dans un registre où les nuages de poussière se soulèvent à chaque passage des chevaux (dont la modélisation est criante de réalisme d’ailleurs), sans compter les effets d’ombre et de lumière qui s’entassent à l’écran une fois la nuit tombée. Mais ce sont surtout les couchers de soleil qui donnent mal à la tête et retournent le cerveau, et chevaucher sa monture pour se perdre dans les Rocheuses n’a jamais été aussi jouissif. Red Dead Redemption respire la vie, même si les villages n’abritent pas une population aussi dense que dans Assassins’s Creed par exemple. Quant à l’interactivité omniprésente avec les animaux sur laquelle nous reviendrons plus tard, elle casse tout et démontre que Rockstar San Diego n’a pas développé le jeu sur Xbox 360 et PS3 uniquement pour proposer une réalisation en haute-définition.
Puisqu’il est question de flinguer des crânes dans Red Dead Redemption, les développeurs n’avaient pas le droit de foirer les gunfights et se devaient de respecter certains codes. Sans surprise, le studio a donc pioché dans les grands noms du jeu d’action – Gears of War surtout – pour calibrer les fusillades et offrir des affrontements dignes de ce nom. La prise en main avec vue au-dessus de l’épaule s’avère intuitive et permet de régler le ciblage en manuel ou en automatique, afin de satisfaire aussi bien les néophytes que les pros de la gâchette. Des corrections ont été apportée à la visée qui se montre moins capricieuses que dans GTA IV et offre la possiblité de multiplier les headshots, mais ce n’est pas une raison suffisante pour jouer au cow-boy comme dans la cours de récré. Certaines situations sont en effet tendues à gérer, et le lock automatique se révèle d’une aide précieuse dans ces moments-là. Même en décalant légèrement le réticule, celui-ci se fixe sur l’adversaire le plus proche, planqué ou pas. En plein coeur de la forêt, le radar facilite grandement la localisation des ennemis à l’aide de gros points rouges que seuls les myopes ne peuvent pas voir. Il devient alors possible de prendre toute la troupe à revers, un peu à l’image d’Army of Two – toutes proportions gardées naturellement -, sauf qu’ici les partenaires ne se déplacent que sur ordre de l’IA. L’arsenal de Red Dead Redemption se veut complet et permet de se faire plaisir avec toutes sortes de calibres. On ne va pas tous vous les citer ici (carabine à répétition, fusil Springfield, pistolet GP, revolver Schofield, couteau de lancer…) et on retiendra surtout que l’efficacité des armes repose sur des critères précis, comme la cadence de tir, la puissance ou bien encore le temps de rechargement. La capacité du chargeur peut également s’avérer cruciale au moment de faire appel au Sang Froid (ou Dead Eye) de John Marston.
Lonesome cow-boy
Lorsque la situation l’exige, ce dernier a la possibilité de ralentir le temps en pressant le stick droit une fois en joue, pour mieux “marquer” ses ennemis et maximiser ses chances de faire mouche. Bien évidemment, l’utilisation du Sang Froid est conditionnée par une jauge qui décroît dès que le rythme de l’action diminue, et qui peut être régénérée en enchaînant les frags. Le nombre de croix rouges que l’on peut peindre sur le corps des individus dépend essentiellement de la quantité de munitions contenues dans le chargeur, ce qui donne un aspect stratégique à Red Dead Redemption. Il est alors vivement conseillé d’avoir entre les mains une arme capable de cracher une dizaine de balles d’affilée quand Marston doit faire face à une horde de brigands, même si le changement de flingue se fait en un éclair via LB. Quoi qu’il en soit, armé ou pas, il y a toujours quelque chose à faire dans Red Dead Redemption, ces à-cotés que seul Rockstar Games est capable de cuisiner. Le point fort du titre est incontestablement sa capacité à proposer une richesse dans les tâches à accomplir, ce qui tranche radicalement avec la redondance de Grand Theft Auto IV. La fraîcheur de l’ambiance western y est sans doute pour beaucoup, mais on peut difficilement ignorer cette variété mise en place par les développeurs de Rockstar San Diego qui ont vraiment pensé à tout. Non, on ne parle pas forcément des parties de poker, du lancer de fer à cheval, du jeu du couteau, des duels à l’ancienne à la sauce Dead Eye, ou bien encore du concours du bras de fer ; on pense plutôt à toutes ces missions annexes qui renforcent l’immersion et étoffent le contenu de Red Dead Redemption. Marqués par un “?” sur la map, les objectifs secondaires représentent également un excellent moyen de se remplir les poches et de soigner la “Réputation” et “l’Honneur” de John Marston, deux jauges qui définissent l’orientation prise par le héros au cours de l’aventure. En alignant les meurtres comme on enfile des perles, il aura tôt fait de devenir l’homme à abattre avec une prime de capture qui gonflera au fur et à mesure de ses méfaits. Mais comme chacun sait, le crime paie, et il arrivera par moments que Marston se fasse approcher par des gangs pour réaliser des casses main dans la main. En choisissant de défendre la veuf et l’orphelin, le repenti pourra en revanche compter sur l’aide des villageois qui n’hésiteront pas à mentir aux forces de l’ordre pour mieux brouiller les pistes. On aura même droit à des ristournes dans certaines boutiques, ce qui est toujours une bonne chose quand on sait qu’il faut lutter sévère dans Red Dead Redemption pour se faire un peu de fric. En tout cas, la situation n’est pas figée et il est possible de partir en vrille à n’importe quel moment de la partie. Vraiment excellent. Tous ces plaisirs subsidiaires peuvent également être encouragés par les habitants qui traînent autour des villages : un homme qui se fait voler son cheval ou son chariot, une diligence prise en chasse, un individu qui est sur le point de se faire exécuter, les occasions de briller ne manquent pas. Mais c’est aussi une parfaite ruse de Rockstar San Diego pour déguiser les longues chevauchées susceptibles de gaver les moins patients.
Vous aurez sans doute remarqué qu’à aucun moment nous n’avons parlé du mode multijoueur de Red Dead Redemption, la copie du jeu que nous a fait parvenir Rockstar Games ne permettant pas d’organiser des parties à plusieurs. Quoi qu’il en soit, cet aspect ô combien important du titre sera l’objet d’une prochaine mise à jour de notre test, et en attendant, les plus curieux peuvent toujours consulter notre preview consacrée au multi du jeu qui s’annonce tout simplement monstrueux. Enfin, on ne bouclera pas le tour de ce chef-d’oeuvre sans placer quelques syllabes sur la bande musicale qui est divine, surtout la musique du générique de fin. En fait, ceux qui ont été habitués à jongler avec les différentes stations de radio des derniers GTA risquent d’être un peu perdus au départ. Mais on se rend compte rapidement que la discrétion des notes – qui savent se faire entendre dans les moments clés – colle parfaitement avec l’atmosphère que veut instaurer le jeu. Du très grand art décidément ce jeu.

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