Abdelhakim Bensaoula DG de l’ANPT, déclare «Nous venons d’entrer dans le capital non pas d’une, mais de deux startups»

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Les startups et leurs rôles à jouer dans le développement des économies sont source de nombreux débats. Souvent perçue à travers le prisme des externalités, elle n’en demeure pas moins un outil solide pour développer l’économie, l’emploi et réduire la fracture numérique. Encore faut-il qu’elle puisse résoudre l’équation de son inclusion, de son financement et de la qualité de ses produits et services. Pour cela, nous avons sollicité Abdelhakim Bensaoula, directeur général de l’Agence nationale de promotion et de développement des parcs technologiques (ANPT), une agence publique, qui a bien voulu commenter les récentes annonces sur le développement et la prise en charge des startups en Algérie. C’est quoi l’ANPT? et que fait-elle pour susciter le développement d’un écosystème numérique en Algérie? des réponses, il y en a
Abdehakim Bensaoula est titulaire de 15 brevets d’invention portant son nom, dont plusieurs projets avec la NASA Il était professeur de recherche au département de physique et de génie électrique et informatique de l’université de Houston, aux États-Unis et ensuite professeur à l’université de Tlemcen. Présentement, il est directeur général de l’ANPT. Ecoutons le.

IT Mag : L’Algérie vient d’introduire, dans le projet de loi de finances 2020, de nouveaux avantages et mesures incitatives au bénéfice des startups. Que pensez-vous de ce regain d’intérêt pour tout ce qui a trait aux startups ?
Abdelhakim Bensaoula : Je ne sais pas si on peut parler de regain d’intérêt. Je dirais, plutôt que certains découvrent la force économique que pourraient représenter les jeunes entreprises naissantes, qu’on les appelle startups, TPE/TPI ou PME/PMI. Peut-être qu’il serait utile en premier de définir ce qu’est une startup et de la doter d’un statut particulier. C’est un préalable à toute discussion sur les incitations et avantages qui pourraient lui être octroyés. En ce qui me concerne, je pense qu’il nous faut nous réjouir de toute initiative qui remet le jeune innovateur/entrepreneur au centre des discussions. Ce que je peux attester, c’est que depuis que j’ai rejoint le ministère de la Poste, des Télécommunications, des Technologies et du Numérique (MPTTN) en novembre 2015, j’ai trouvé que le jeune innovateur/entrepreneur était toujours au centre des discussions. C’était d’ailleurs la raison qui m’avait attiré au secteur et c’est la raison qui me pousse, avec mes collaborateurs, de passer de longues heures à travailler. L’ANPT accompagne les startups et ne cesse d’améliorer les services qu’elle leur offre. L’ANPT donne aussi la priorité aux jeunes entreprises à chaque fois que le besoin d’une prestation se présente. Les aménagements de nos espaces sont réalisés par de jeunes entreprises, la maintenance de nos équipements est réalisée par de jeunes entreprises, nos plateformes de gestion sont réalisées par des startups, idem pour nos applications de collecte d’information, de gestion d’inventaire, de veille technologique, de recrutement, etc. Entre l’achat d’un produit importé et le financement de son développement par une startup, nous choisissons toujours la seconde option.
Ce que le jeune apprécie c’est la confiance que nous mettons en lui en utilisant son produit pour des fonctions critiques. J’espère que ce «regain d’intérêt» se traduise en commande de services et produits réalisés par de jeunes Algériens, c’est ce qui fait la réussite d’une entreprise, c’est la seule action qui compte vraiment. Nos jeunes ne demandent que notre confiance en leurs capacités, parce qu’ils la méritent. Reste à savoir s’ils vont nous faire confiance. À l’ANPT, nous faisons tout pour.

En parlant de confiance et de crédibilité, vous aviez annoncé que les startups allaient être sollicitées pour la réalisation de projets de numérisation inscrits sur le FAUDTIC, qu’en est-il sur le terrain?
Effectivement, le Fonds d’Appropriation des Usages et de Développement des Technologies de l’Information et de la Communication (FAUDTIC) qui est devenu FAUDTICRSFR après l’ajout de «Réaménagement du Spectre des Fréquences Radioélectriques». Mes déclarations datent de 2017. C’était avant de découvrir à quel point l’environnement réglementaire était inadapté.
Effectivement, la stratégie de l’ANPT était de proposer des projets de numérisation, de développement de plateforme et de systèmes d’information qu’on pouvait confier à des startups et PME/PMI algériennes. Cette stratégie devait permettre aux jeunes entreprises algériennes de participer concrètement à des projets d’envergure nationale et en même temps de développer leurs capacités et compétences, comme cela se fait dans tous les pays soucieux de développer leurs indépendances technologiques. C’était, et ça reste la stratégie du secteur, pour preuve l’ANPT a bénéficié de 14 projets de numérisation proposés par mon équipe et, a été chargée de l’exécution de pas moins de 12 projets, au bénéfice de différentes administrations publiques. De quoi faire travailler beaucoup de monde. Bref, la mise en œuvre de tous ces projets demande beaucoup d’effort supplémentaire. Pour commencer, il fallait trouver le cadre juridique qui puisse nous permettre de faire bénéficier les startups et PME/PMI algériennes de ces opportunités ; chose faite grâce à l’engagement de la tutelle qui n’a ménagé aucun effort afin de mettre en place les procédures nécessaires et les structures chargées du suivi de la bonne marche des projets. La création de la direction générale de l’économie numérique et le renforcement des prérogatives de la direction générale de la société de l’information sont autant d’actions qui furent prises au niveau du MPTTN. Nous pourrons aussi citer la refonte de la nomenclature des dépenses du FAUDTICRSFR en 2018. Au niveau de l’ANPT, on notera la création de la direction de management des projets et la direction des investissements et de la protection du patrimoine intellectuel, deux structures qui se chargent de la concrétisation des projets de numérisation pour la première, et de l’accompagnement des startups à fort potentiel économique pour la seconde. Ensuite, et c’est justement ce qui peut être le plus difficile, de convaincre tous les intervenants dans la chaine des projets financés sur fonds public (tel le FAUDTICRSFR) qu’un projet dans le numérique ne peut pas être assujetti aux mêmes règles de gestion que des projets de réalisation dans le BTPH, par exemple. En effet, les budgets engagés ne sont pas du même ordre de grandeur et les questions relatives aux délais de réalisation, aux procédures de validation et surtout à la pertinence de la solution technologique, ne portent pas sur les mêmes objets. Il est contre-productif d’appliquer les mêmes règles de gestion pour un projet numérique réalisable en 6 mois que pour un projet BTPH réalisable en 6 années. Il n’est pas raisonnable de demander à une startup ou à une PME/PMI algérienne les mêmes garanties qu’à une multinationale ou une grosse entreprise de BTPH. Dans le premier cas, c’est un investissement dans nos jeunes, dans notre avenir, dans notre économie, dans notre indépendance, dans l’autre, c’est le renforcement d’une dépendance technologique. Là encore, beaucoup de travail se fait, beaucoup d’efforts de la part de notre tutelle, mais aussi de la part de nos collègues du ministère des Finances. Ce n’est pas chose facile, mais nous commençons à voir le bout du tunnel. Le changement des mentalités est un préalable au développement économique. Les startups évoluant au sein de nos incubateurs comprennent très bien cela. Entre l’argent gratuit, l’endettement et le bon de commande, ils préfèrent le bon de commande. Faisons confiance à la compétence des jeunes et ils relèveront le défi. Aujourd’hui, l’Agence compte 26 projets dans le numérique qui iront en priorité aux jeunes startups et PME/PMI algériennes, chaque projet porte sur plusieurs lots ; de quoi faire travailler beaucoup de startups et de PME/PMI. La stratégie de l’Agence n’a pas changé. Nous veillons à lever les obstacles qui nous barrent la route, branche par branche, tronc par tronc, nous avançons lentement, mais nous avançons. Il faut dire que nous marchons sur un chemin non battu.

L’ANPT avait lancé en 2017 plusieurs projets notamment dans le cadre du programme villes intelligentes ou SmartCities. Où en sont ces projets ?
Abdelhakim Bensaoula : L’ANPT a lancé en 2017 plusieurs projets de conceptions algériennes entrant dans le cadre du développement de villes intelligentes ou Smart City dont deux ont été finalisés et 4 autres seront fins prêts avant la fin de 2019. L’un des projets est un outil d’identification intelligente des sites à valeur culturelle répartis à travers le territoire national, permettant aux visiteurs et touristes de les localiser via une application mobile. Cette application envoie une notification à toutes les personnes, ayant installé cette application, et qui passe à proximité d’un site à valeur culturelle préalablement répertorié. Il suffit ensuite pour le visiteur, s’il le désire, de scanner le QR code qui l’envoi vers le site via son portable, pour avoir toutes les informations pertinentes le concernant ainsi que sa relation avec les sites les plus proches. L’application développée par une équipe de jeunes au niveau de l’incubateur de Sidi Abdallah vise à donner la voix au riche patrimoine culturel de notre pays. L’outil permet de rechercher, communiquer et accompagner l’utilisateur de façon innovante en suggérant à l’utilisateur des activités en fonction de ses envies et/ou de sa géolocalisation. La majorité des sites à valeur culturelle du pays ont été répertoriés grâce aux multiples travaux des chercheurs relevant des structures du ministère de la Culture et pourront être consultés également à travers une plateforme web conçue à cet effet. Comme cas d’étude, l’ANPT a présenté, le 10 octobre 2019, sa plateforme web dédiée à l’itinéraire du romancier Miguel de Cervantès «De la Casbah à la Grotte» au niveau du ministère de la Culture. La plateforme web et l’application mobile, réalisées entièrement par les développeurs de l’ANPT, en collaboration avec le ministère de la Culture et l’ambassade d’Espagne en Algérie, représenteront un nouvel atout touristique et culturel pour la ville d’Alger. Celles-ci donneront accès aux touristes à l’histoire de chaque point d’intérêt culturel émaillant l’itinéraire via des QR codes qui y seront installés et qui renverront directement à une page dédiée sur la plateforme et l’application. Ce projet permettra, à terme, au ministère de la Culture d’avoir, entre autres, une cartographie nationale de l’ensemble des sites à valeur culturelle du pays. Ce projet est prêt. On n’attend que l’autorisation du ministère de la Culture pour nous donner le feu vert de le mettre en ligne.
Un autre projet de portée stratégique concerne le développement d’outils informatiques permettant la gestion intelligente dans le domaine de la sécurité, la lutte contre la pollution et du contrôle de l’eau. La présentation de ce projet, qui est également ficelé, est prévue sous peu. L’ANPT s’apprête à lancer avant la fin de l’année d’autres projets portant notamment sur le parking et l’éclairage intelligents. Ces projets entrent dans le cadre de la stratégie du ministère de tutelle relative à la mise en place de l’infrastructure minimale visant à favoriser le déploiement de solutions de ville intelligente. L’ANPT, qui est une institution publique, a pour rôle la promotion de l’esprit d’entrepreneuriat technologique visant à compléter, assister et veiller à la réussite de toute initiative qui serve l’économie nationale et sa diversification. Nous essayons d’orienter les jeunes vers des projets à haute valeur ajoutée et à portée stratégique, avec un intérêt particulier réservé aux domaines liés à l’Intelligence artificielle, le big data et l’IoT — internet des objets connectés —. Les idées développées au sein des incubateurs de l’ANPT sont des idées bien algériennes, de la conception à la mise en œuvre.

La réalité du terrain c’est qu’Il existe déjà des projets de ville intelligente en Algérie, comme celui d’Alger Smart City lancé par la Wilaya d’Alger. Est-ce que l’ANPT contribue à ce dernier projet ? Est ce qu’elle a été consulté?
Honnêtement, l’ANPT n’a pas adhéré au projet Alger Smart City, car il ne suivait pas la logique à la base de la stratégie du secteur en charge du numérique, le MPTTN. Stratégie qui fut bien expliquée aux promoteurs du projet. On ne peut concevoir un projet de smart city d’en haut. On doit, d’abord, commencer par le bas, c’est-à-dire mettre en place les fondations consistant à greffer des solutions numériques conçues par des Algériens. Quand on commence par le bas, par les fondations, on s’assure que c’est la ressource humaine algérienne qui va déployer toutes les solutions et qu’on se sera approprié toute la technologie. Quand on commence par le haut, on est obligé de recourir à des entreprises étrangères qui vont déployer leurs technologies et on n’aura jamais le temps d’acquérir cette compétence technique et de connaissance pour pouvoir gérer, exploiter et mettre en valeur les données. Qui dit ville intelligente, dit plateforme, IoT et big data. On parle donc de data. La data ou la donnée est une question de souveraineté nationale. La protection des données personnelles et des sites sensibles sont des impératifs incontournables dans ce cas. En plus nous avions aussi expliqué l’existence de préalables afin de nous conformer à la réglementation en vigueur, et notamment les nouvelles lois promulguées, celle sur les télécoms et l’autre sur la protection des données personnelles. D’ailleurs, le MPTTN travaille sur le déploiement de data centres, mais aussi sur la réglementation portant déploiement du WiFi public, mais aussi sur la libération des fréquences nécessaires au fonctionnement des outils à mettre en place. Le tout est un ensemble soit un écosystème technologique qui pourra supporter le concept de ville intelligente. La stratégie défendue par le MPTTN, et mise en œuvre par l’ANPT est de former les gens dans les nouvelles technologies et de promouvoir les startups. On doit aussi laisser le temps aux jeunes startups de mettre en place les solutions, de les développer puis de les déployer au lieu d’acquérir une solution toute prête, venue d’ailleurs, dont on n’aura aucune idée de la destination des données collectées, ni des logiciels qui seront utilisés.

L’ANPT s’agrandi et parle de plusieurs projets de réalisation d’infrastructures qui ont été lancés. Qu’en est il exactement et où en sont ces projets ?
J’annonce, d’abord, le lancement en janvier 2020 des travaux de réalisation d’un Data Center de 600 m2 relevant de l’ANPT. Cette infrastructure sera bâtie au niveau du technoparc de Sidi Abdallah, à proximité du multilocataire. L’étude a été finalisée avec nos deux filiales, l’Entreprise d’appui au développement du numérique (EADN), qui est chargée de la réalisation de la partie IT, et l’Entreprise de construction d’infrastructures (ECI-TIC) qui prend en charge le volet architecture. Ce Data Center compte un bâtiment qui va héberger tout l’équipement de stockage et traitement de données dédiés aux PME et PMI ainsi qu’aux startups installées au niveau du cyberparc et qui trouvent actuellement des difficultés à tester et à déployer leurs solutions. Outre, ce projet,, deux autres projets de réalisation de Data Center backup (sauvegarde des données) sont prévus à Annaba et Oran et un autre Data Center à Ouargla qui porte sur les données de plus haute importance. Nous venons aussi d’inscrire le projet d’extension de l’incubateur de Sidi Abdallah par une structure mieux adaptée aux projets IoT. Ces nouveaux projets conféreront au Technoparc de Sidi Abdallah le caractère de Hub Digital National.

Mais, nous avons constaté des retards dans d’autres projets. Ou en etes vous? Qu’en est-il de ces projets ?
Abdelhakim Bensaoula : À ma nomination au poste de DG de l’ANPT en novembre 2015, j’avais promis à Madame la Ministre de relancer toutes les activités avant la fin 2016. Il suffit de faire une petite recherche sur Google pour retrouver mes déclarations de l’époque. C’était sans compter sur tous les problèmes que j’allais découvrir au niveau de l’Agence et des difficultés administratives auxquelles j’allais faire face. L’assainissement financier fut complété fin 2016. L’assainissement du foncier de Sidi Abdallah avait nécessité un effort phénoménal, et la mobilisation de tout un chacun. Le permis de lotir fut obtenu en septembre 2017. Le foncier du Technoparc d’Oran fut apuré en mars 2017, le transfert des dossiers d’exécution entre la wilaya d’Oran et nos services ont demandé une année supplémentaire. Nous avons repris les études de viabilisation en avril 2018 et les avons complétées en janvier 2019. La demande du permis de lotir fut déposée en février 2019, nous l’attendons à ce jour. Le foncier du technoparc d’Annaba fut assaini en juillet 2018 et celui d’Ouargla le 2 août 2019. En termes de financement, pour la réalisation de toutes les infrastructures planifiées, et après le gel de tous les programmes de financement préalablement accordés, l’agence a dû contracté un financement sur le Fonds national d’investissement qui a été accordé en janvier 2018 et enfin contractualisé en décembre 2018. Ceci nous a permis de lancer les études des technoparcs d’Oran et d’Ouargla, du centre d’hébergement et du Data Centre de Sidi Abdallah et de la remise en état du Technoparc d’Annaba, etc.
Le développement des technoparcs par la mise en concession des terrains au profit d’investisseurs, un des points retenus contre l’ANPT, n’est devenu possible qu’après la signature de l’arrêté interministériel permettant à l’agence de procéder. Cela ne devint réalité que le 27 août 2019, je dis bien 2019. Cela nous a servi de leçon. Vous savez que le pire qui puisse arriver à une institution, à un gestionnaire, est de faire des promesses et de ne pas les tenir pour des raisons extrinsèques. Ça détruit le moral des troupes. Une institution qui perd sa crédibilité ne peut plus rien espérer après. Notre souhait est de regagner la confiance de nos concitoyens, de rétablir notre crédibilité en faisant plus attention à l’environnement dans lequel nous évoluons. C’est l’autre raison qui nous avait poussés à ne pas nous inscrire dans la logique du Projet Alger Ville Intelligente.

Après avoir parlé de l’infrastructure, c’est à dire le contenant, parlons maintenant du contenu. Et dans un premier temps, combien de porteurs de projets ont été accompagnés par l’ANPT depuis sa naissance?
Abdelhakim Bensaoula : Depuis le début des activités en 2012, les incubateurs de l’ANPT ont accompagné plus de 350 projets innovants. Durant la seule période 2017/2018, plus de 20 startups sont sorties de notre incubateur de Sidi Abdellah, de plus, 25 sont en phase d’incubation et 25 autres en phase de startups. Depuis la création de l’ANPT, à Alger seulement, plus de 330 porteurs de projets sont passés par nos structures avec un taux de réussite avoisinant les 50%. Plus d’une centaine de startups, qui ont vu le jour à l’ANPT, sont toujours actives et contribuent à l’économie nationale. Certaines sont très actives sur les réseaux sociaux et connaissent un certain succès, dommage qu’ils ne citent pas leurs origines à l’ANPT et privent d’autres jeunes des mêmes opportunités. Il est indispensable au jeune promoteur de pouvoir planifier son projet d’entreprise. Ceci est d’autant plus vrai quand il s’agit de projets technologiques. Dans les TIC un projet innovant perd de sa pertinence très rapidement, une question de mois, si ce n’est de semaines. Aujourd’hui, plus que jamais, les jeunes ont besoin de bonnes nouvelles, qui répondent réellement à leurs aspirations, de vraies bonnes nouvelles. À l’ANPT, nous nous efforçons de prévoir même dans un environnement très fluide, et de ne communiquer que lorsque nous sommes en mesure de livrer. Nous évitons de verser dans les déclarations par peur de décevoir, car la déception casse la volonté et la volonté est le moteur de la réussite. Nous comprenons les enjeux et les difficultés. La mission qui nous est confiée par le MPTTN est une lourde responsabilité que nous prenons très au sérieux, c’est aussi une source de fierté pour tout le personnel de l’ANPT. Tout en gardant le jeune entrepreneur au centre de notre attention, nous restons attentifs à notre environnement, aux différentes déclarations, aux orientations de stratégie nationale, et essayons de prévoir les besoins des uns et des autres. Notre mission reste de veiller à la réussite de toutes les initiatives constructives, productives et bénéfiques pour l’économie nationale. Nous croyons ferme que la réussite individuelle découle de la réussite collective. Nous ne sommes pas des concurrents, mais plutôt des facilitateurs. Les TIC sont à la base des technologies habilitantes. Les initiatives visant l’usage intensif des TIC par les différents secteurs se multiplient. Le rôle de l’ANPT est de veiller à la réussite de toutes les initiatives, d’où qu’elles viennent.

Toujours dans le cadre des startups et du financement, nous venons d’apprendre que votre entreprise, l’ANPT, vient d’entrer dans le capital d’une startup comme premier tour de table. Comment avez-vous procédé à cela ? et existe-t-il des mécanismes pour cela?
Effectivement, nous venons d’entrer dans le capital non pas d’une, mais de deux startups. C’est notre nouvelle stratégie pour financer les startups. Nous avons pour cela créé un fonds de 10 millions de dinars en 2018 avec nos fonds propres. Cependant, l’évolution prendra encore du temps, et il y aura en chemin des revers et des défis à surmonter.
Je vous rappelle que nous ne sommes pas subventionnés. Les actions de soutien aux startups étant totalement financées sur fonds propres, il est devenu impératif de trouver des moyens permettant la formalisation de ces investissements et de réfléchir sur les moyens adéquats qui puissent nous permettre de soutenir plus de porteurs de projets avec des services d’une plus haute valeur ajoutée. Pour permettre l’entrée de l’ANPT dans le capital des startups, nous avons mis en place un mécanisme — l’étude du business plan, des objectifs de développement, perspectives de rentabilité, etc.. qui puisse nous permettre de choisir quelle startup présente le plus de potentiel. Une fois sélectionnée, l’ANPT participe à hauteur de 10 à 51 % dans le capital de la startup. À charge pour nous de sortir du capital sur une période entre 3 à 7 ans. Notre objectif est de participer financièrement au développement d’entreprises innovantes, mais aussi de réaliser une plus-value lors de la cession des parts acquises pour permettre à notre fonds d’investissement d’augmenter en capacités et donc de soutenir plus de porteurs de projets et de startups.
Cette expérience permet de financer des startups à technologie stratégique ou qui réponds à un besoin spécifique rentrant dans la stratégie de l’État, car nous sommes propriétaires d’une partie de l’entreprise, et donc à proportion de notre investissement nous avons un certain pouvoir ou rôle à jouer sur l’entreprise. L’avantage de ce type d’opération est d’éviter au promoteur de souscrire un crédit auprès d’une banque ce qui aura comme effet de plomber son cash flow. En effet, la prise de participation ne produit aucun intérêt bancaire. Cela permet à l’entreprise de se développer plus rapidement L’entreprise bénéficie du réseau et de la notoriété de l’ANPT lui permettant ainsi d’avoir un rayonnement beaucoup plus important.

Si je comprends bien, c’est une première expérience publique dans le financement de strartup. Est ce que cela pourrait ouvrir la voie à d’autre entreprises publiques ou privées. Qu’en pensez vous.
Ce type de financement est particulièrement avantageux pour les startups faisant beaucoup de recherche et développement, face auxquelles les banques sont généralement frileuses. De plus, notre présence parmi les actionnaires a tendance à rassurer les organismes financiers, qui sont alors plus enclins à accorder des prêts. Nous sommes optimistes. Les services de l’ANPT en charge de la protection du patrimoine intellectuel préparent le dépôt du premier brevet au niveau de l’INAPI. Cette première expérience permet de lever les contraintes et de permettre à d’autres entreprises de lever des fonds pour des prises de participations dans les startups.

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