Le montage de smartphones exclu du dispositif SKD/CKD. Les banques à la rescousse

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Le montage en Algérie de la téléphonie mobile a été soumis au droit ordinaire et ne bénéficiera plus du dispositif d’importation des collections SKD/CKD, selon le projet de loi de finances pour 2020. Plus précisément, les investisseurs dans le montage électronique et électroménagers ne pourront plus avoir accès au dispositif préférentiel d’importation des kits SKD/CKD ainsi qu’aux avantages fiscaux dont ils bénéficiaient depuis quelques années alors que L’industrie électronique est incontournable pour réussir la révolution numérique et la transition énergétique qui passeront par la diffusion de l’électronique dans tous les domaines.
Le ministère de l’Industrie et des Mines a expliqué que la décision des pouvoirs publics de placer le montage de la téléphonie mobile dans le droit commun et l’exclure du dispositif SKD/CKD «est le fruit de deux années d’observation de l’activité en question et le constat qu’il s’agit dans la majorité des cas d’importation de produits finis déguisés».
Selon le ministère, cette activité «n’encourage pas l’intégration nationale, alors que la facture d’importation de ses composants est très importante», ajoutant que l’opérateur souhaitant produire des smartphones en Algérie «paiera, dorénavant, les taxes d’importation des composants sans bénéficier d’avantages». Le ministère de l’Industrie et des Mines a, toutefois, affirmé que cette activité «ne sera pas gelée».

Exclusion du dispositif SKD/CKD : une décision «néfaste» pour l’économie nationale
Les fabricants de la téléphonie mobile exclues du dispositif préférentiel ont d’emblée réagi à cette situation estimant que cette décision est fondée sur «des données totalement erronées», lit-on dans une lettre adressée à la ministre de l’Industrie et des Mines, Djamila Tamazirt, par le Collectif des fabricants de l’électronique, de l’électroménager et des mobiles, regroupant près d’une quarantaine d’entreprises privées et publiques.
Selon ce collectif, la décision des pouvoirs publics est porteuse de «répercussions néfastes aussi bien sur les producteurs que sur l’économie nationale», affirmant que pour préserver la filière, regroupant «quelque 6.000 emplois directs et plus de 20.000 indirects», le Collectif propose «une révision à la hausse des droits de douanes du régime SKD concernant la téléphonie mobile», tout en maintenant le «droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) pour l’importation des produits finis».
Le collectif propose également la mise en place d’un comité regroupant des représentants du ministère de l’Industrie et du Collectif des fabricants, pour travailler sur un plan de conversion du régime SKD vers le régime CKD adapté à la filière.
Selon ce collectif, le coût d’importation des composants utilisés dans le montage de la téléphonie mobile a connu une «ascension fulgurante», notamment suite à l’avènement de la 3G et la 4G en Algérie, en passant de plus de 400 millions dollars en 2014 à plus de 650 millions dollars en 2016.
Il est relevé aussi que l’importation des téléphones mobiles était «majoritairement en produits finis et soumise à un droit de douanes réduit à 5%», soulignant toutefois une «baisse de la facture à moins de 230 millions de dollars subséquemment à l’interdiction de l’importation de produits finis, engagée en 2017». Durant l’année 2018, cette même facture a atteint «511 million de dollars, suite à la conversion des importations produits finis vers l’industrie de montage local (SKD)».
Le collectif reconnait, néanmoins, que le taux d’intégration nationale dans le montage de la téléphonie mobile était «infimes», affirmant, dans ce sens, que «les perspectives de leur amélioration étaient importantes», notamment par la mise en place d’un dispositif SKD/CKD adapté à la filière.
Selon le document, «la fermeture des usines de montage de la téléphonie mobile, conduirait, entre autres, au passage d’un marché régulé à un marché informel dans lequel il sera difficile d’identifier l’origine et la qualité des produits».
Il est à rappeler, qu’après la décision gouvernementale, en mai 2019, d’opter pour une démarche basée sur la rationalisation des importations des intrants destinés à la fabrication de l’électroménager, de l’électronique et de la téléphonie mobile, la majorité des entreprises publiques et privées a connu une situation inédite de blocage de leurs matières premières, provoquant ainsi des ralentissements et même des arrêts de leurs usines de production. Il faut relever que cette situation de blocage a commencé, le 8 mai dernier, lorsque le Conseil du gouvernement algérien avait décidé de réduire la facture annuelle d’importation des kits CKD/SKD destinés à la fabrication des produits électroménagers, électroniques et téléphones mobiles, dans le cadre d’une approche, pilotée par les ministères des Finances, du Commerce et de l’Industrie.
Cette décision a crée une situation de blocage, sans précédent, de l’ensemble du secteur de fabrication de ces produits en Algérie, qui en compte actuellement 70 opérateurs, ayant créé en l’espace de quelques années, 20.000 emplois directs et environ 60.000 indirects.

Installation d’un Comité d’évaluation technique
Pour gérer la situation, il avait été procédé, le 5 juillet dernier, à l’installation d’un nouveau comité d’évaluation technique (CET) au niveau du ministère de l’Industrie et des Mines «pour statuer sur la délivrance des autorisations d’importation des collections CKD/SKD destinées à l’industrie de l’électroménager et l’électronique». Pour rappel, ce comité a été installé après la mise en détention de plusieurs responsables du ministère de l’Industrie, notamment ceux de l’ex-commission chargée de délivrer les autorisations d’importation des kits CKD/SKD, cités dans différentes affaires liées à la corruption.
Quelques jours, seulement, après l’installation du nouveau comité d’évaluation technique, la première décision d’octroi d’autorisation d’importation des matières premières est tombée. Le ministère de l’Industrie et des Mines avait ainsi octroyé à l’entreprise publique ENIEM, après examen du comité, l’autorisation d’importation et d’exploitation de la collection CKD/SKD, nécessaire au montage de ses appareils électroménagers. Il est à souligné que l’ENIEM avait fait l’objet de restrictions de la part du ministère de tutelle, de l’autorisation qui lui était octroyée pour l’importation des intrants, l’empêchant, ainsi, de procéder à l’enlèvement de sa matière première importée au niveau des entrepôts portuaires d’Algérie. Face à cette situation, l’ENIEM, menacée de fermeture, était obligée de mettre en congé anticipé des centaines de ses travailleurs. Après l’octroi du fameux document, l’entreprise publique, qui compte 17.000 travailleurs, a pu ainsi reprendre ses activités en août dernier.
Une seconde opération d’octroi d’autorisations d’importations des kits CKD avait été annoncée le 2 septembre dernier. Le nouveau comité a ainsi indiqué avoir examiné 21 demandes d’avis technique représentant 17 sociétés de montage. A cet effet, 70 produits ont fait l’objet de 14 décisions consacrant le régime douanier applicable aux collections dites CKD, alors que 33 produits ont fait l’objet d’un rejet pour absence ou insuffisance d’intégration ou d’insertion des composants électroniques après des années d’activités.
Le ministère de l’Industrie et des Mines a rassuré que les dossiers rejetés «seront réexaminés après le complément d’informations sollicité par le comité pour une équité dans le traitement des opérateurs activant dans cette branche», soulignant que l’examen des dossiers des opérateurs s’est appuyé sur le niveau de production, leur taux d’intégration nationale, ainsi que les moyens investis pour améliorer la production et le nombre d’ouvriers employés par ces usines.
Le ministère de l’Industrie et des Mines a, toutefois, réitéré son «soutien» à l’industrie de l’électroménager qui représente un secteur sur lequel le gouvernement compte s’appuyer dans sa politique de diversification de l’économie.
C’est dans ce cadre, qu’un «nouveau décret et un cahier des charges sont en cours de finalisation pour encadrer l’industrie de l’électroménager et de l’électronique en Algérie», a annoncé le ministère dans un communiqué, expliquant que cela «permettra aux entreprises activant dans le secteur de l’électroménager d’avoir de nouvelles perspectives et permettra aussi de mettre plus de rigueur dans l’obligation d’intégration favorisant le développement de la sous-traitance».
Il est ainsi relevé que les importations des collections CKD/SKD, ainsi que les produits finis de l’électroménager avoisinent les 1,2 milliards de dollars par an, alors que ceux de la téléphonie mobile s’établissent à une moyenne de 1 milliard de dollar par an.
Près de 950 entreprises activent dans l’industrie de l’électroménager et l’électronique, dont 70 publiques et privées émargent au dispositif CKD/SKD, selon les derniers chiffres du ministère de l’Industrie qui faisaient état de plus de 5 millions d’appareils électroniques produits, tous types confondus, dont 1,4 million de téléviseurs et 1 million de réfrigérateurs. Cette filière a exporté pour 100 millions de dollars en 2018, contre 60 millions de dollars en 2017, représentant un taux de 70 % d’augmentation. L’industrie de montage doit être appréhendée comme un passage vers l’industrie. L’Industrie électronique est transversale, incontournable dans le contexte géopolitique actuel et futur et est un élément essentiel de la compétitivité de l’ensemble de l’industrie. De plus, en tant que socle industriel d’un monde toujours plus smart mais aussi connecté, la filière électronique revêt également des enjeux de premier plan ayant trait à la souveraineté stratégique et économique nationale.

Les banques disposées à accompagner les investisseurs
Pour faire face à cette situation, l’Association des banques et établissements financiers (Abef) a lancé un appel aux entreprises du secteur de l’industrie électronique et électroménagère, soumises au dispositif de paiement différé pour l’importation des kits nécessaires à leur activité, à se rapprocher des banques pour trouver «les meilleures solutions» aux problèmes qu’elles peuvent rencontrer.
C’est ce qu’a répondu le président de l’Association des banques et établissements financiers (ABEF), Ibrahim Smide en marge d’une journée d’études sur l’épargne, à une question sur le mécontentement exprimé par des fabricants de produits électroniques suite à la substitution du paiement cash des importations des kits SKD/CKD par un paiement différé.
Selon M. Smide, le paiement différé «ne veut pas dire un arrêt de l’activité», appelant à cet égard «les entreprises à se rapprocher des banques pour trouver les solutions les plus efficaces pour leurs cas».
Il est à relever que le collectif des fabricants de produits électroniques et électroménagers avait, déjà, mis en garde, dans un communiqué, des risques que comporte la substitution du paiement cash des importations des kits SKD/CKD par un paiement différé, notamment un «manque à gagner» au profit des banques étrangères.
Parmi ces risques, figure notamment «la cessation de la production début décembre et la mise au chômage de plus de 40.000 travailleurs de cette filière». Le collectif note, enfin, que «quelques opérateurs ont déjà procédé à un plan de compression de leurs effectifs».
L’industrie électronique est une industrie exportatrice encore jeune et à fort potentiel de croissance.

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